2d Poisson d'Avril
La Malédiction d'Emma
Ce 1er avril, jour des rameaux je rejoins mes parents au repas de famille traditionnel qui a lieu chez mes oncle et tante habitant le village d'à coté. Une journée douce et ensoleillé de début de printemps, le menu réjouit les papilles et les conversations sont animées en cette année d'élection. Comme d'accoutumé, après le festin, ces acharnés des cartes débarrassent la table et forment des équipes de joueurs, qui de manille et qui de tarot. Je décide de suivre le petit groupe qui préfère profiter du beau temps pour passer voir le chantier de la nouvelle maison que construisent nos hôtes et, faire une randonné dans les alentours de cette vallée normande encore hantée par le souvenir de Madame de Bovary, tragiquement disparue dans sa vingt-sixième année, comme me l'apprend la plaque commémorative fixé au mur de l'église de Ry.
En rentrant, je converse avec l'aînée de mes tantes qui me fait remarquer que c'est extraordinaire de toujours posséder une vieille voiture en bon état de marche, près de vingt ans maintenant, tu n'as jamais eu envie d'en changer ? Oh tu sais avec le système du contrôle technique, elle est bien entretenue et tant qu'elle passera ses vérifications je ne vois aucune raison d'en changer. Au soir les mets comblent le palais et chacun repart heureux de cette belle réunion.
A la fin je me retrouve seul avec ma mère et nos hôtes pour évoquer un souci de famille généré par l'attitude de ma s½ur qui ne sera pas des nôtres le 1er mai, jour qu'ont choisi nos parents pour fêter leur 40 années de mariage placé sous le thème du voyage, un goût que nous partageons tous depuis toujours, la renégate y compris. Nous ne comprenons pas son obstination qui nous apparaît sans explication claire, puisque de son propre aveu, il n'y a rien de terrible, tout va bien mais elle ne souhaite pas pour le moment se retrouver en présence de ses ascendants. De quoi contrarier toutes personnes sensibles, et nous le sommes particulièrement depuis le début des problèmes de santé du père, l'urgence d'une réconciliation est criante. En bref nous ne
trouverons pas de solution ce soir, mais il n'en est pas moins utile d'exprimer ses sentiments à
des êtres chers. La conversation continue dans ma voiture, une AX, la petite voiture nerveuse et économique que m'avait cédée les parents il y a quinze ans de ça. Je dépose ma mère et reprends cette bonne vieille route que je pratique depuis plus de trente ans maintenant, pour rentrer à Rouen, ville où j'ai élu domicile depuis vingt ans que j'ai quitté le foyer familial. Je repense à cette sympathique journée, et je mesure la chance d'avoir au sain de la fratrie de ma mère, une famille où chacun reste en relative harmonie, dommage que ma s½ur n'y prenne plus part !
Mer..., une bête sur ma route, machinalement je tourne le volant vers la gauche pour l'épargner, et là, la voiture rebondit à droite, à gauche, comme un kangourou, la gomme des pneus fait ressort, le coup de volant brusque combiné à mes quatre-vingt kilomètre heure à générer ce phénomène, que faire ? Je suis toujours dans l'axe de la route mais je ne contrôle plus rien, je ne sais même plus bien si j'appuis sur le frein ou l'accélérateur, je vois le bas-côté, aie...
Je plane, je saute un talus de près d'un mètre cinquante en contre bas pour atterrir toujours en rebonds, mais sur mes une, deux, trois et quatre roues, roule ou glisse encore quelques mètres et fatalement, par la force d'inertie exercée par une terre d'argile gavée d'eau, finit cette course de rallye imprévu dans un champ de jeune blé au milieu de nulle part. Il est 00h02, en ce second d'avril, j'essais d'avancer, mais de suite je m'embourbe à l'avant, alors j'essaie en marche arrière, je ne bouge plus d'un pouce, je descends pour constater les dégâts. A vu d'½il sous cette peine lune de solstice de printemps, il n'y a rien de grave, les pare-chocs sont décollés, le clignotant avant droit est fissuré, bon je suis à quoi cinq six mètres de la passe du champ, si je pouvait me sortir de là en poussant la voiture, pas de vitesse engagée, le frein à main desserré, allez courage, oh hisse, trop lourde, je ne peux plus rien faire tout seul, que faire ?
Je connais bien cette route comme je te l'ai fait remarqué plus tôt, mais en même temps je ne connais pratiquement aucun des villages que contourne ce lien routier. Il n'y a aucune autre voiture qui passe pendant un moment, je décide de me poser et de réfléchir, je pourrais essayer de trouver un téléphone et d'appeler les parents qui n'habitent qu'à une dizaine de kilomètres selon mon estimation, mais ils prennent des médicaments le soir et je ne me sens pas de les réveiller maintenant et de leur provoquer un stress dans leur semi sommeil. Je pourrai les rejoindre en marchant et en espérant qu'une âme compatissante me prendrait en auto-stop, mais il fait assez froid, je ne suis pas bien couvert, et cela ne les épargnerait pas d'avantage, peut-être ferais-je mieux de réveillé mes hôtes de l'après midi qui n'habitent guère plus loin... Non j'ai un peu peur de me mettre d'avantage en danger sur un bord de route la nuit qui suit une journée de famille cérémoniale, tous ne savent pas se contrôler quant à l'abus des élixirs divers de nos terroirs. Je me souviens qu'il y a un vieux duvet dans le coffre qui me sert à emballer mes mosaïques et même d'autre bout de tissus pour improviser une couche sur la banquette arrière, un peu petite, mais au moins je suis au chaud. C'est là que je commence à cogiter sur les événements présents, je vais plutôt bien, je ne souffre d'aucune douleur, mais j'ai peut-être un truc à l'intérieur ? Mon cou me peine un peu, mais est-ce dû au choc de cet accident ou à l'improbable confort de cet oreiller de fortune ? Je devrais peut-être faire signe à un véhicule pour qu'il m'accompagne aux urgences, seulement voilà, hormis des aboiements de chien et de curieux bruits ressemblants à des coups de feu, je n'entends aucune approche de moteur de voiture ou autre. Il y a bien là une silhouette de maison en face de moi, mais est-elle habitée ? Et comment vont réagir ces gens inconnus, que je vais réveiller si tardivement ? De plus, s'ils n'ont pas entendu mon raffut qui n'a pas échappé aux chiens du quartier, il ne doit y avoir personne... Allez essaie de dormir, tu aviseras demain matin à la lumière du jour...
Je n'arrive pas à m'endormir, je cogite, je pense à ma s½ur, elle ne devrait pas se couper comme cela de sa proche famille, je ne sais comment l'aider à changer d'état d'esprit, cela me rend triste, comme le dit maman, ils ne seront pas toujours là ! Je repense à l'ironie de la vie, du fait qu'elle aussi a dû se retrouver au moins une fois, seule, à se dire comment je pourrai aider mon frère à se réconcilier avec maman ?
C'est que moi non plus je n'ai pas toujours su m'entendre avec les parents et communiquer sereinement, malgré les malentendus et nos divergences je n'ai jamais refusé une possibilité de faire la paix et de leur montrer mon respect et mon amour.
Bon, je sors pour me soulager, je décide de remonter mon parcours, je me demande si j'ai évité la bête, les traces sont claires, il n'y a pas de cadavre ni de trace de sang sur la route. Rassuré sur le sort de cet animal, était-ce un chien, un renard ou un lièvre, va savoir...
Je remonte dans mon véhicule, m'allonge de nouveau en chien de fusil sur la banquette arrière, j'ai de la chance tout de même dans mon malheur, j'ai un duvet pour tenir chaud et j'ai une opportunité supplémentaire de méditer sur la fragilité du destin. Je pense à l'état de ma voiture et me prépare à l'idée que je vais sans doute devoir en changer. Je ne suis pas blaisé, c'est bien là le plus important, plaie d'argent n'est pas mortelle ! Cela m'évoque d'autre d'entre nous qui n'ont pas eût ce bonheur, je repense à notre mère en particulier qui en des circonstances similaires, mais à une époque où les ceintures de sécurité n'étaient pas encore obligatoires, s'est retrouvée gravement blessée et a dû subir les conséquences pendant des années, sans négliger les troubles psychologiques induits qui alors n'étaient pas d'avantage pris en compte que la sécurisation des passagers d'un véhicule motorisé.
Knock, knock, Monsieur vous allez bien ? Vous vous êtes endormis au volant ?
Non, merci de vous êtres arrêté, vous êtes le seul, j'ai bien entendu des moteurs, mais ils n'ont même pas dû m'apercevoir, en effet je suis en contre bas de la route, caché par le talus.
Vous êtes sûr que tout va bien, pas de vomissements, ni d'étourdissements, des troubles de la vue, qu'est ce que je peux faire pour vous aider, j'ai un téléphone portable ?
Je ne sais pas trop bien, il est quel heure, 4h42, il est trop tôt pour réveiller mes parents ou trouver un garagiste pour m'aider à me sortir de ce mauvais pas.
En effet et ma voiture n'est pas un quatre-quatre, il faudrait le tracteur d'un paysan.
Mes parents en ont un, je verrai au levé du soleil, il y a sûrement une cabine téléphonique au village voisin.
Oui, il y a même un garagiste, bon je peux vous laisser ?
Oui, et merci encore de vous êtres arrêté, c'est gentil, votre prénom... Merci Gaël.
Breu... le fond de l'air est frais, quel heure ? 7h32, bon, courage, hop, debout. Le trafic est dense en ce lundi matin où beaucoup de gens partent au travail, ça roule vite, je préfère aller téléphoner au village plutôt que de risquer de provoquer un autre accident sur cette route départemental. Je traverse et parcours le kilomètre qui me mène au village. Bon, où se trouve la cabine, si elle existe ? Ah la mairie est par là et le garagiste tout près, bon va voir le garage, il est un peu tôt sans doute, quels sont les horaires ? Ah, en congé, jusqu'au deux avril 14h, OK à la cabine... Oh elle est dans un drôle d'état, plutôt vieillotte, enfin si elle fonctionne, j'introduis ma carte, je compose le numéro, et... pas de tonalité, je n'entends pas mon correspondant, la poisse me poursuivrait-elle ? J'ai vu un panneau indiquant une boulangerie, mais le lundi est souvent le jour de repos des petits commerces et comme de fait elle est fermée. Il y a une halte garderie près de la cabine, j'entre, bonjour, pourriez-vous me laisser téléphoner, je suis victime d'un accident de voiture, je doit appeler mes parents pour qu'ils viennent me chercher et que l'on réfléchisse ensemble pour trouver une solution afin d'enlever ma voiture du champ où j'ai atterri, non... Vous n'avez pas la clef et la directrice n'est pas arrivée, ce n'est rien, merci. Je vais voir à la mairie, fermée. Tiens une caserne de pompier, si ce n'est pas de la chance ça ! Bien, de la lumière, mais la porte est fermée et personne ne répond. Cependant je vois une personne dans un autre lieu, une cantine, Madame, s'il vous plait, vous ne seriez pas m'indiquer un endroit pour téléphoner, j'ai eut un accident.
Allez voir ce monsieur au camion... Bonjour, après une brève explication, il se propose de m'ouvrir la mairie et me remercie d'avoir signalé le problème de la cabine.
Enfin, je parle à mes parents, il sont évidemment surpris et ma mère se propose de venir de suite elle était déjà debout. Quant elle arrive, elle arbore un sourire heureux et inquiet en même temps, tu vas bien ? Où cela t'est-il arrivé ? Allons voir...
Elle non plus ne connaît pas bien les villages alentours ou bien c'est l'émotion, elle commence par repartir en sens inverse...
Ah voilà, et bien tu as fais un sacré saut ! Tu aurais dû nous appeler juste après. Là je lui confie toutes mes pensées de la nuit et comprend mon point de vu, de plus c'est fait et surtout je suis en bonne forme, aucunes autres séquelles que quelques troubles psychologiques qui demeurent inévitables, comme elle le sait si bien.
Viens on rentre, le père viendra avec son tracteur après notre retour du rendez-vous chez le dentiste, ce midi. En attendant tu pourras te reposer un peu, elle n'a pas dû être confortable, encore heureux que tu es eu ce duvet, je me suis vraiment inquiété de savoir comment tu n'avais pas souffert du froid ?
Vers midi, nous sommes sur place, avec le tracteur on sort la voiture du champ et constate que tout le châssis a belle et bien souffert, il y a une rotule qui est désengage et qui frotte sur le bitume. On décide de la garer là et d'appeler le garagiste de la famille pour l'enlever et faire un diagnostique sérieux. Il ne passera que dans la soirée, en attendant nous allons déjeuner et faire une sieste bien mérité après tant d'émotions. Ensuite sachant que mon oncle et ma tante parte sur Paris dans l'après midi, je pense qu'ils pourrait me déposer, mais ma mère m'explique qu'ils passeront certainement pas par Rouen, alors elle se propose de me ramener, puis je pense à l'autobus qui sillonne cette route et qui ne coûte que deux euros, une solution économique et bien pratique pour éviter un aller-retour à mes parents, je le prendrai pour rentrer chez moi. Ensuite il faut attendre l'avis du garagiste pour décider de ce que je ferai de cette voiture, si elle devait avoir de nombreuses réparations et subir un contrôle sur marbre, vu son grand âge, ce sera sans doute plus de frais que d'en acheter une nouvelle. Si tel est le cas, je crois bien que je souhaite avoir une autre AX, parce qu'en plus d'être viable et économique, dix-huit ans tout de même, je ne connais pas d'autre modèle ayant un si grand coffre qui m'a toujours bien été utile pour transporter mes ½uvres calibrées à ses dimensions pour les plus grandes d'entre-elles. Voilà le sort en est jeté...
Mais ce drôle de 2d poisson d'avril n'en est pas fini pour autant, en effet quand la vie veut bien te faire comprendre la loi des séries noires, elle trouve toujours le moyen de rebondir elle aussi. En effet, alors que ma mère m'a réveillé en sursaut de ma sieste pour m'accompagner à l'arrêt d'autobus situé dans la petite ville prés de leur village, elle m'explique de ne pas m'inquiéter, si je l'ai raté, ils m'accompagnerons à Rouen après leur rendez-vous chez un expert pour des problèmes électroniques dans leur propre voiture. Malgré notre empressement, je dois encore patienter, l'autobus est en retard, deux autres personnes arrivées avant moi l'attendent aussi, quand un véhicule de particulier s'arrête à notre hauteur pour nous informer que le car est tombé en panne et qu'il est donc annulé, il n'y a pas de solution de rechange, nous sommes désolé précise cette aimable personne. Voyant l'embarras que cette nouvel cause à mes compagnons d'infortune, je leur confis la promesse de mes parents et les invite à se joindre à moi. En attendant nous faisons connaissance, Antonia a elle aussi subi un accident sur l'autoroute le vendredi précédant et se retrouve à prendre l'autobus pour venir travaillé à la maison de retraite comme aide soignante. Quant à Geoffroy, un jeune apprenti cuisinier à l'Auberge Buchoise, tout va bien, il souhaite juste aller passer son jour de repos chez son frère et faire du roller, ouf tout n'est pas noir, Emma ! Nous sortirons de cette vallée.
Surprise, ma tante qui est sensée partir à Paris me vois aussi étonnée à cet arrêt, elle se range pour discuter le coup, lui ayant conté brièvement ma mésaventure, elle se propose de me prendre puisqu'elle à des affaires à régler sur Rouen avant de partir à Paris. Je lui demande si elle serait d'accord pour prendre aussi mes deux nouvelles connaissances, elle accepte, ce qui ne m'étonne pas outre mesure de la part de cette gentille personne. Chose dite chose faite, en définitif, j'ai peut être perdu une voiture, mais j'ai sauvé l'existence de trois êtres aujourd'hui, dont la bête ! Mais là encore il faut savoir être patient, elle est dans l'urgence, mon oncle l'attend dans un autre village, ce qui constitue un autre détour du temps, le dernier de cette longue journée du 2d poisson d'avril pour moi, j'espère.
Finalement bien arrivé à destination, bien installé sur mon canapé je dis merci à la vie. Dans la soirée, mes parents mon appelé pour m'informer que le garagiste à bien pris en charge ma voiture, lui même compétiteur de rallye, il estime qu'une tel sortie de route aurait bien pu me valoir de plus considérables conséquences, voir des irrévocables. Il a eu bien de la chance de ne faire aucun tonneau. Par ailleurs, chez l'expert ils ont pris une option sur une autre AX comme j'en avais fait le souhait au cas ou je devrai abandonner la mienne à son funeste destin.
Merci à vous tous qui avez su me réconforter par votre aide et votre écoute. La vie va !
ONÜRB 2007
Voilà de la matière pour réfléchir je souhaite, c'est tout pour le moment, juste peut-être un chapitre optimiste à ajouter à mon roman auto fictif malicieusement intitulé : IMMÖRTEL !